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La liberté et le talent offusquent les gens qui en sont privés et qui se réclament du privilège de penser et d'écrire. (D. R)
 
Extraits des écrits "LES ANGES BLEUS "
A compte d’auteur par : f.h.
Copyright 2005 F.H.
   

à Gégé...

Ils sont revenus, ils sont là, ils m’accompagnent. Ce sont les miens, mes égarés du temps, mes esprits frappeurs, mes anges gardiens, mes porteurs du souvenir qui me mènent d’une rive à l’autre sur la surface d’une eau tantôt plane, tantôt tumultueuse. Ils me font avancer plus loin jusqu’aux confins de moi. Ils permettent de m’échapper des ténèbres, de tendre mon visage vers la lumière, de tracer ma route pour dire les expatriations et les voyages de l’âme et la nostalgie. Ils m’invitent à regarder mon propre visage dans le miroir du quotidien, afin de supporter les blessures qu’inflige le temps. Ils veulent que les sourires et les bonheurs domptent les évènements. Ils sont bribes de vécu, réalité ou phantasmes, utopies et espoirs...

Dans la froidure de l'hiver finissant, un ciel de lavis bleu marbré plombe le paysage. Aussi loin que porte le regard, s'étend jusqu'au cimes des Vosges un tapis plus ou moins soyeux d'une blancheur éphémère. Les pieds de vigne sont figés comme des sentinelles qui entourent le village. Les chemins s'entrelacent à la croisée des parcelles gelées. Les uns montent vers la colline, les autres sinuent vers le village, et tous accueillent les passants qui foulent d'un pas ferme et assuré les dernières neiges de mars sur la pierraille. Des jappements font trésaillir, comme au loin dans les taillis les rares coups de feu de chasseurs vous prennent à l'improviste, et là-bas ce renard pris d'effroi courant le fossé vers son terrier où ce corbeau qui croasse à la mort. La nature est en solitude, cependant en léthargie bienveillante, car demain est écrit renaissant et toutes les affaires seront reprenantes. En attendant, le vigneron,quant à lui, termine la taille pour nous promettre, cette année encore, des vins qui charrient l'ivresse...
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Le vent chahute la forêt du côté du Stettenberg et sur les hauteurs les bûcherons achèvent les derniers travaux d'hiver. Plus loin encore, une tronçonneuse déchire l'air. Bien que lointain, le craquement sec de l'arbre avant la chute interpelle. Un bruit sourd et plus rien. La fragilité d'une force abattue. Puis le silence, hormis le vent qui joue dans les branches et balaye à tout va et le murmure tamisé du ruisseau presque couvert par les bavardages d’oiseaux à l’orée du bois...
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Je me demande souvent quelles sont nos musiques de demain, nos styles de peintures et nos romans dans la mélancolie de notre époque. Nul ne le sait encore, car le XXIe siècle est naissant, mais il se dessine dans l'avenir des nostalgies alarmantes que nos créations rempliront de joies feintes et d'espoirs du bout des lèvres tant le désenchantement est à nos portes. Que d'illusions, que de deuils, que d'échecs et que de morosité dans notre société qui s'accomode d'outrances et de sauvageries extrêmes. Seul le génie de l'homme, son humilité et ses délires fous lui permettront de survivre, solitaire et soucieux du monde qui l'entoure, dans l'amertume des lendemains qu'il s'efforce de faire chanter. Quelles valeurs devront nous réinventer pour mettre au goût d'un jour prochain l'homme nouveau, apaisé, érudit et lucide. Faut-il s'asseoir et poser sa tête lourde sur la main et pensivement dans le mi-obscur de soi-même prendre à la dérision tous les malcontents qui créent ou ne créent pas, et qui meurent le plus souvent vite sans avoir vraiement vécu ? Fièvre et douleur, volupté puis tristesse, jouissance puis mort, n'est-ce pas le cheminement de toute oeuvre créatrice ?
Les litterateurs ne sont pas morts. Mais le problème, c'est que chacun veut se prendre pour un écrivain alors qu'à l'évidence écrire ne s'improvise pas et qu'il n'est pas donné à tout le monde, sans la production d'efforts continus, émaillés de périodes de découragements ou alors d'illuminations, de donner de véritables bonheurs de plume. Les vrais litterateurs sont à la fois des lettrés, des anticonformistes et des passeurs de mémoire. D'aucuns sont engagés par ailleurs dans des luttes poliques ou sociales pour combattre la censure quelle qu'elle soit, surtout celle qui est latente et qui s'insinue sournoisement dans les activités ou les attitudes de l'homme qui a tendance à s'auto censurer sous la pression sociale. D'autres souvent sont des voix qui nous parlent de loin, nous parvenant qu'en écho dans le brouhaha qui voudrait nous tenir à l'écart des paroles qu'ils nous adressent. Mais tous font découvrir les manques de l'existence et chacun d'entre eux est unique dans sa parole. Ce qui est certain et le plus important, c'est qu'ils seront toujours là pour déranger et tant mieux...

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Je tiens à présent pour certain que toutes les sociétés sont majoritairement composées de citoyens moyens qui suivent des voies toutes tracées et d'un nombre infime de gens qui, par leur talent et leur inclination à l'indépendance mettent en question la majorité docile au point de leur faire injure. Les problèmes surviennent alors lorsque la majorité docile, qui agit par routine, tente de réduire, de codifier ou de simplifier les gens complexes qui ne forment qu'une minorité, car les majoritaires ont du mal à tolérer celui qui est manifestement différent et plus original qu'eux et qui, pour se voir reconnaître ses mérites, passe outre aux convenances et ignore les bienséances de la société.
Le cadre étroit qui veut réguler la vie sociale et politique a vu peu de réalisations artistiques ou scientiques... Il faut par conséquent toujours qu'il y ait de la place pour la différence d'opinion, les idées autres, les moyens de questionner la tyrannie de la majorité pour faire avancer la liberté et les lumières humaines. Les intellectuels, les artistes et les citoyens libres en ont fait une valeur universelle...
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Malgré les silences, c’était pour lui l’aube d’un bien beau jour. Il voyait le drapeau rouge flotter dans le vent, et déjà il voulait la mener jusqu’au bout du monde. Il entend d’elle des phrases simples et belles qui sont des bribes de vie, d’attente, d’espoir qui parlent de lumière, d’espace et de temps, des bribes de vie saisies au vol, tandis que les enfants et les grands de ce monde méditent sur les chose de la vie comme elles vont et ne vont pas...
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Maintenant, tel un fantôme, tu visites la conscience des vivants ; tu leur instilles un vin clair et lourd comme un muscat trop vieux, acre et sucré, acide et onctueux ; tu leur parles de vie inachevée, non vécue, hachurée et inassouvie, et tu diriges ton regard sur eux, leur désignant le seul chemin de vérité expurgé des mensonges et des supercheries pour leur donner une raison de vivre et de délivrer un message d’espoir, tant ils t’ont aimé...


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